Le cercle vicieux des MICI

Le microbiote intestinal

Il y a plus de 500 espèces de bactéries qui vivent dans l’intestin. Ces espèces représentent près de 100 000 milliards de micro-organismes, c’est ce que l’on appelle le microbiote intestinal (anciennement appelé la flore intestinale). Ces micro-organismes vivent en parfaite équilibre entre eux et avec l’homme.

On distingue différents microbiotes (source : www.microbiote-intestinal.fr)

Le microbiote dominant est composé d’anaérobies stricts qui se développent en absence d’oxygène et représentent plus de 99% des bactéries. Ces bactéries appartiennent à 3 grandes familles :

  • Les Firmicutes (Faecalibacterium, Eubacterium, Clostridium,…)
  • Les Bacteroidetes (Bacteroides, Porphyromonas,…)
  • Les Actinobacteria (Bifidobacterium,…)

Le microbiote sous-dominant est constitué de bactéries anaérobies facultatives :

  • Streptococcus
  • Escherichia coli
  • Enterobacteriacae

En complément du microbiote dominant et sous dominant, il existe un microbiote de « passage » composé entre autres de bactéries lactiques et de levures.

L’affaiblissement de notre microbiote : la porte ouverte aux maladies inflammatoires

Il faut savoir que le microbiote est propre à chacun et dépend de pas mal de facteurs. Dans le ventre de notre mère, nous sommes dépourvus de microbiote. Les premières bactéries apparaissent à notre naissance. L’évolution du microbiote intestinal va dépendre de l’alimentation et de l’environnement dans lequel nous avons grandi. Il sera différent dès le début de la vie du bébé, selon la façon d’accoucher (césarienne ou non) et si la mère a fait le choix d’allaiter l’enfant ou de prendre du lait de substitution. Il sera également très perturbé par la prise de médicaments comme les antibiotiques.

Lorsque j’ai voulu comprendre pourquoi j’avais une rectocolite hémorragique, j’ai retracé ma vie pour comprendre les causes de l’affaiblissement de mon microbiote intestinal. Car je pense que maintenant vous êtes conscient que la cause des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) est liée à la dégradation de notre microbiote intestinal.

Dès l’âge de 6 ans je faisais de l’asthme et jusqu’à mes 18 ans, je prenais, comme tous les asthmatiques, de la ventoline. J’ai eu pas mal de bronchites asthmatiformes qui se sont guéris avec la prise d’antibiotiques. Par la suite, mon asthme s’est atténué pour disparaître vers l’âge adulte. J’ai également eu énormément d’acné jusqu’à il n’y a pas longtemps. Cela a commencé vers l’âge de 13 ans, et vers mes 18 ans, comme les boutons persistaient, mon dermatologiste m’a prescrit un traitement très lourd à base de Roaccutane. Le traitement a duré 1 an, et a finalement été inefficace car l’acné a fini pas revenir.

Puis, au moment du déclenchement de la maladie, je me rappelle avoir été dans une période de stress extrême accompagnée d’une hygiène de vie désastreuse : peu de sommeil, énormément de mal bouffe, une activité physique inexistante. C’est à ce moment-là que la rectocolite s’est déclenchée. En ce qui me concerne, je pense sincèrement que c’est la combinaison de la prise d’antibiotiques et de Roaccutane, mon hygiène de vie et le stress en 2010 qui ont contribué à l’affaiblissement de mon microbiote intestinal et la RCH s’est déclenché.

Dysbiose intestinale : Le cercle vicieux

Dans un corps sain, le microbiote intestinal est dans un état d’équilibre. En effet, les différentes bactéries sont complémentaires. Lorsque qu’il y a déséquilibre entre bactéries, c’est-à-dire lorsqu’une espèce augmente tandis que d’autres diminuent, nous parlons de dysbiose intestinale. Certaines bactéries se multiplient et d’autres diminuent. Ce désordre peut entraîner une migration de microbes dans l’intestin grêle et l’estomac et ainsi perturber la digestion.

Cette faiblesse se traduit par une difficulté sur la bonne digestion des aliments et sur l’assimilation des nutriments. Parmi les différents composants alimentaires, les glucides sont les plus difficiles à être digérés et vont jouer un rôle majeur sur le microbiote intestinal. En effet, les glucides complexes (féculents) vont être peu, voire pas du tout, digérés. C’est grâce à ces glucides non digérés que les microbes vont obtenir l’énergie nécessaire à leur multiplication au travers d’un processus de fermentation de ces molécules de glucides.

Les bactéries vont se nourrir de ces molécules de glucides non digérées et vont produire des acides (acide acétique, acide lactique) et des gaz (dioxine de carbone, hydrogène, méthane et parfois alcool). C’est ce qu’Elaine Gottschall appelle le cercle vicieux.

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Rééquilibrer le microbiote intestinal : Le régime en glucides spécifique (RGS)

Il faut rétablir le bon équilibre entre les différentes bactéries. Pour cela nous allons agir de deux manières. La première sera d’arrêter de nourrir les bactéries. C’est ici qu’intervient le régime en glucides spécifiques qui va nous permettre de casser le cercle vicieux, en réduisant au maximum l’apport d’énergie aux bactéries.

Nous allons éliminer les glucides dit complexes et se limiter aux glucides simples qui ne demandent que très peu de digestion ne laissant aucune nourriture aux bactéries. A ce moment-là les bactéries ne peuvent plus se reproduire, et ne produisent plus d’acides ni de gaz. La sécrétion de mucus diminue, et la muqueuse intestinale commence à se régénérer.

Il faut savoir que ce processus et très complexe et prendra plus ou moins du temps. Cela dépend de chacun et du stade de la maladie. Dans un deuxième temps nous allons favoriser les aliments anti fongique, comme l’ail par exemple qui vont permettre de réguler plus rapidement les « bonnes » populations de bactéries par la diminution des « mauvaises ». Mais nous en parlerons plus précisément lorsque nous parlerons en détails de la mise en pratique du régime.

Les différents sucres

Afin de mieux comprendre pourquoi nous parlons de glucides simple et complexes, je vais vous présenter les 3 catégories de sucres :

Les sucres simple (mono-saccharides), comme son nom l’indique les sucres simples sont simples à digérer, ne nécessitent aucune transformation et sont transportés directement dans le système sanguin. Les sucres simples sont le fructose et le glucose, que l’on trouve dans les fruits, le miel et certains légumes.

Les sucres à deux chaînes (di-saccharides) nécessitent l’action d’enzymes spécifiques afin d’être séparés en sucres simples (mono-saccharides) pour être transportés dans le système sanguin.

Les sucres complexes (poly-saccharides), aussi appelés amidon, féculents ou encore sucres lents. On les retrouve dans toutes les céréales, farines, riz, pains, pâtes, pomme de terre, etc. Ce sont de longues chaînes de sucres qui doivent être dans un premier temps séparées en sucres à deux chaînes, puis en sucres simples afin d’être transportés dans le système sanguin. Vous l’avez compris, les sucres complexes sont les pires sucres pour une personnes atteinte d’une MICI.

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Schéma extrait du livre « Breaking the vicious cycle »

Au sein du régime GS nous allons uniquement consommer les sucres simples (mono-saccharides) que nous allons trouver dans les fruits, le miel, et certains légumes. Nous allons complètement écarter de notre régime alimentaire les di-saccharides et les poly-saccharides.

La digestion des sucres

Ci-dessous un schéma de la paroi intestinale. On y voit sur la première image une vue globale de l’intérieur de l’intestin.

Sur la seconde image nous avons un petit zoom des villosités de la paroi intestinale et enfin sur la dernière image nous avons ce que l’on appelle une cellule d’absorption des nutriments aussi appelée Entérocyte. 

 

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Maintenant nous allons examiner de plus près une cellule d’absorption intestinale en bonne santé.

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Schéma extrait du livre « Breaking the vicious cycle »

Prenons par exemple le sucre du lait, le lactose. Le lactose est un di-saccharides composé de glucose et de galactose. Lorsque ce sucre arrive dans notre intestin, les cellules d’absorption vont sécréter une enzyme afin de séparer le lactose en sucres simples afin qu’il soit transporté dans le sang. Dans le cas d’une cellule en bonne santé, la transformation des sucres doubles en sucres simples se déroule parfaitement.

Prenons maintenant le cas d’une personne atteinte de MICI, où justement les cellules d’absorption des nutriments sont en mauvaise santé.

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                Schéma extrait du livre « Breaking the vicious cycle »

Ci-dessus une cellule d’absorption en mauvaise santé. La cellule ne saura pas sécréter la bonne enzyme afin de digérer les sucres doubles. Cela aura pour effet la non digestion des sucres doubles et elles resteront dans l’intestin afin de nourrir les « mauvaises » bactéries.

Maintenant vous savez tout sur le cercle vicieux et pourquoi la clé est de supprimer les sucres doubles et complexes. Maintenant nous allons voir comment mettre ce régime en place.

2 comments

Votre blog est très détaillé, je trouve son contenu pertinent. Je suis également atteinte d’une RCH depuis novembre 2016. Je ne jamais voulu suivre le traitement conventionnel ( pentasa,etc) J’ai donc arrêté le lactose et le gluten en diminuant les crudités au maximum.
Résultat, quasi-rémission en 3 mois. Cependant, de nouveau les effets de ce régime commencent à s’estomper avec la présence de glaires et traces de sang. Je suis donc en train de tester le régime sans glucides depuis deux jours avec des supplements de probiotiques.C’est encore tôt pour tirer des conclusions mais je compte bien arrêter cette production de glaires et rétablir l’intégrité de mon intestin.
J’aimerais bien que vous mettiez en ligne la liste des aliments autorisés, car le lien que vous avez ajouté ne dirige vers une page en anglais.
Merci d’avance.
Sarah

Bonjour , pourriez-vous me dire ce que vous mangez comme aliments?

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